Le cerveau cherche ce qui manque.
C'est sa fonction première. Identifier la menace, le vide, l'insuffisance. Ce mécanisme a permis à l'espèce de survivre. Il ne permet pas de vivre bien.
Allāh ﷻ dit dans Sourate Saba :
وَقَلِيلٌ مِّنْ عِبَادِيَ الشَّكُورُ
"Et peu de Mes serviteurs sont reconnaissants." (Saba, 34:13)
Ce n'est pas un reproche. C'est un constat sur la nature humaine.
Peu sont reconnaissants non pas parce qu'ils sont mauvais, mais parce que la reconnaissance va à contre-courant du fonctionnement naturel de l'esprit. L'esprit ne voit pas ce qui est là. Il voit ce qui manque encore.
La gratitude n'est pas un sentiment qu'on attend. C'est une décision qu'on prend avant que le sentiment arrive.
Elle ne demande pas de nier ce qui est difficile. Elle demande de tenir les deux en même temps : ce qui est dur, et ce qui est là.
C'est plus exigeant que l'optimisme. L'optimisme dit "ça va aller". La gratitude dit "regarde ce qui est déjà là".
La plupart attendent les conditions. Ils seront reconnaissants quand la situation sera meilleure. Quand le projet réussira. Quand ils auront ce qu'ils cherchent.
Mais ces conditions n'arrivent jamais vraiment. Ou quand elles arrivent, l'esprit a déjà déplacé le manque ailleurs.
Attendre d'avoir plus pour être reconnaissant de ce qu'on a, c'est attendre indéfiniment.
Allāh ﷻ dit dans Sourate Ibrahim :
لَئِن شَكَرْتُمْ لَأَزِيدَنَّكُمْ
"Si vous êtes reconnaissants, J'augmenterai certes Mes bienfaits envers vous." (Ibrahim, 14:7)
Ce verset est souvent lu comme une promesse de plus. Mais il dit autre chose : la reconnaissance précède l'augmentation. Ce n'est pas quand tu auras plus que tu remercieras. C'est parce que tu remercies que quelque chose peut s'ouvrir.
La gratitude n'est pas la récompense d'une bonne vie. C'est l'un des moyens de la construire.