Il y a un accord tacite que personne n'a signé mais que tout le monde respecte.
La réussite financière est le seul critère qui compte vraiment. Tu peux être curieux, généreux, honnête, présent : si tu n'as pas d'argent, tu es invisible. Tu peux être vide, inutile, cruel : si tu en as, tu as une opinion qui compte.
On ne le dit pas comme ça. Mais c'est ce qu'on fait.
Le Coran cite Qarun. L'homme le plus riche de son époque. Célébré, envié, admiré pour ce qu'il possédait.
فَخَرَجَ عَلَىٰ قَوْمِهِ فِي زِينَتِهِ ۖ قَالَ الَّذِينَ يُرِيدُونَ الْحَيَاةَ الدُّنْيَا يَا لَيْتَ لَنَا مِثْلَ مَا أُوتِيَ قَارُونُ إِنَّهُ لَذُو حَظٍّ عَظِيمٍ
"Il sortit devant son peuple dans sa parure. Ceux qui désiraient la vie d'ici-bas dirent : Ah, si seulement nous avions ce qui a été donné à Qarun. Il est vraiment très fortuné." (Al-Qasas, 28:79)
C'est le regard collectif. La même admiration qu'on connaît aujourd'hui. Le même réflexe.
Qarun attribuait sa richesse à sa propre intelligence. "Je n'ai obtenu cela qu'en vertu d'un savoir que je possède." (28:78)
Pas de gratitude. Pas d'humilité. Juste la certitude que l'argent prouvait sa valeur.
La terre l'a englouti. Lui et tout ce qu'il possédait.
Et ceux qui l'enviaient la veille ont dit : si Allah ne nous avait pas protégés, il nous aurait engloutis aussi.
Hier ils voulaient être lui. Le lendemain ils remerciaient de ne pas l'être.
Ce n'est pas une condamnation de la richesse. L'argent est un outil. Le Coran ne dit pas que Qarun était mauvais parce qu'il était riche. Il dit qu'il était mauvais parce qu'il avait fait de sa richesse la preuve de sa valeur.
Et que les gens autour de lui avaient fait pareil.
Le vrai problème n'est pas l'homme qui s'enrichit. C'est le regard collectif qui valide cette équation : argent égal valeur.
Parce que quand une société accepte ce critère unique, elle commence à produire des gens qui optimisent pour lui. Au détriment de tout le reste.
Le compte en banque mesure ce que tu as accumulé. Il ne dit rien sur ce que tu vaux, ce que tu construis, ce que tu laisses.
Méfie-toi du regard qui t'admire uniquement pour ce que tu possèdes. Il t'abandonnera dès que tu ne le possèdes plus.