Il y a une version de toi qui n'apparaît que dans la douleur.
Qui prie. Qui réfléchit vraiment. Qui mesure ce qui compte. Qui arrête de faire semblant.
Et dès que la détresse passe, cette version disparaît.
Allāh ﷻ le dit dans Sourate Yunus :
وَإِذَا مَسَّ الْإِنسَانَ الضُّرُّ دَعَانَا لِجَنبِهِ أَوْ قَاعِدًا أَوْ قَائِمًا فَلَمَّا كَشَفْنَا عَنْهُ ضُرَّهُ مَرَّ كَأَن لَّمْ يَدْعُنَا إِلَىٰ ضُرٍّ مَّسَّهُ
"Quand un malheur touche l'homme, il Nous invoque, couché sur le côté, assis ou debout. Puis quand Nous l'avons délivré de son malheur, il continue comme s'il ne Nous avait jamais invoqués." (Yunus, 10:12)
Ce n'est pas un reproche. C'est une description précise d'un mécanisme humain.
Dans la détresse, quelque chose se brise en toi. Et dans cette brèche, quelque chose de réel entre. La lucidité. L'honnêteté sur ce que tu es, ce que tu veux, ce qui compte vraiment.
La douleur ne te crée pas. Elle révèle ce qui était déjà là mais que tu n'avais pas le temps de regarder.
Et puis le confort revient. Et tu repars.
Pas par mauvaise volonté. Par mécanique. Le confort referme ce que la douleur avait ouvert. Tu retrouves tes habitudes, tes distractions, ta vitesse. Et la version de toi qui priait couché sur le côté à trois heures du matin semble appartenir à quelqu'un d'autre.
Le confort est souvent une forme d'oubli organisé.
La question n'est pas de chercher la souffrance. C'est de ne pas perdre ce qu'elle t'a appris dès qu'elle s'en va.
Ce que tu as compris dans tes moments les plus difficiles, sur toi, sur ce qui compte, sur ce à quoi tu tiens vraiment : c'est la matière la plus honnête que tu aies.
Ne pars pas si vite. Ce que tu voyais dans la détresse mérite d'être emporté.